Le virement instantané devient une réalité en France, ou presque…

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Certains l’attendent depuis plus d’un an, d’autres n’en voient pas l’intérêt. Depuis fin novembre 2018, le virement instantané devient possible en France, comme dans d’autres pays européens qui proposent déjà cette formule depuis plus d’un an.

Le virement instantané, ou SCT Inst (SEPA Instant Credit Transfer), a été lancé en Europe (zone SEPA) en novembre 2017. Un certain nombre de fournisseurs de services de paiement, essentiellement des banques, ont déjà adhéré à ce système. Il sont actuellement plus 2042, répartis sur 16 pays. Ce nouveau type de virement permet de régler son bénéficiaire, particulier ou professionnel, en temps réel, 7 jours sur 7, 24h/24.

Si les délais de réception des virements « classiques » se sont améliorés ces dernières années (depuis le 1er janvier 2012), ils restent cependant trop longs pour nombre d’opérations. En effet, si le délai est de maximum 1 jour ouvrable, dans les faits cela peut être plus long. Par exemple, si vous envoyez votre ordre de virement à votre banque un vendredi à 17h, il est possible que le destinataire ne soit crédité que le mardi ou mercredi suivant.
L’intérêt du virement instantané prend tout son sens lors d’une transaction pour une petite annonce. Entre les faux billets et les chèques sans provision, il est difficile de trouver un bon moyen de paiement. Et dans ce cas, le virement classique n’est pas adapté. On ne peut se permettre d’attendre un ou plusieurs jours, que ce soit pour le vendeur ou l’acheteur. Les systèmes comme Paypal ne sont pas toujours adaptés non plus, malgré leur service de litige. Combien de particuliers ou commerçants ont eu des problèmes avec cette méthode de paiement ? Par ailleurs, le prélèvement, la carte bancaire, sont des moyens de paiements répudiables, on peut contester ces paiements et alors le bénéficiaire peut ne jamais revoir le montant qui lui est dû. Le virement, instantané ou non, ne peut être annulé. Une fois exécuté, seul le bénéficiaire peut rembourser l’ordonnateur. La transaction est donc sécurisée. Ainsi, lors d’une vente avec paiement par virement instantané, le compte bancaire du bénéficiaire est crédité instantanément, et peut fournir son produit ou service sans crainte.
Bien d’autres utilisations sont possibles, comme alimenter un compte qui serait à découvert, dépanner une personne. Pour les commerçants, ce pourrait être la fin des chèques. Non seulement le traitement est fastidieux, mais le risque de non paiement existe toujours. Ensuite, pour ces derniers, ils sont nombreux à ne pas accepter la carte bancaire ou ne pas l’accepter en dessous d’un certain montant, notamment pour des raisons de commissions bancaires.

Pour les banques, c’est à l’avenir moins d’espèces et moins de chèques, ces moyens de paiement couteux en traitement (mais non facturés). C’est aussi pouvoir avoir une alternative aux cartes Visa et Mastercard qui imposent leurs règles. Pourtant, aujourd’hui, toutes les banques françaises n’ont pas adhéré au « schéma » du virement instantané, et celles qui ont sauté le pas ne proposent pas forcément encore le service à cette date. Dans le groupe BPCE (Caisse d’Epargne et Banque Populaire) et à la BNP, les frais de virement instantané sont facturés 1 €, quant à la Société Générale, il faut compte 0,80 € . Si pour vendre une voiture, cela reste intéressant, pour des petits montants, certains préféreront se tourner vers des services gratuits et instantanés comme Lydia ou Paypal (basés sur la carte bancaire ou le prélèvement), ou encore avec Paylib entre amis (virement avec le délai classique).

L’explosion de ce marché ne pourra se faire qu’avec des tarifs bon marchés, ou a minima, avec l’inclusion dans les offres « packagées » dont les banques raffoles. A l’avenir, on peut espérer l’emploi des QR code pour faciliter les paiements, à condition que les banques l’intègre dans leur appli mobile, ou encore avec l’association de son numéro de téléphone avec son IBAN, comme le font déjà Lydia et Paylib.
Paylib a annoncé l’ouverture de son service Paylib entre amis à d’autres banques en début d’année 2019 (à ce jour, seuls BNP Paribas et sa banque en ligne Hellobank proposent le service) mais celui-ci s’ouvrira-t-il au monde de l’instantané ? Dans tous les cas, le système Paylib reste à ce jour limité à quelques banques françaises contrairement aux solutions comme Lydia ou Paypal.

Aujourd’hui, un certain nombres de banques n’ont a priori, pas souscrit à cette possibilité de virement instantané :

Les banques nationales classiques :
HSBC
LCL

Les banques en ligne :
Axa Banque
BforBank
Fortuneo
ING Direct

Les néobanques :
Compte Nickel
C-Zam
Morning
Orange Bank
Revolut

Alors que celles-ci y ont souscrit même si dans la plupart des cas, l’offre n’est pas forcément en place à cette date :

Les banques nationales classiques :
BNP Paribas
Banque Populaire
Caisse d’Epargne
CIC
Crédit Agricole
Crédit du Nord
Crédit Mutuel
Crédit Mutuel Arkea
La Banque Postale
Société Générale

Les banques en ligne :
Boursorama
Hello Bank!
Monabanq

Les néobanques :
N26

On constate que les grands absents sont une bonne partie des banques en ligne et des néobanques, sans compter les fintechs qui nous ont pourtant habitué à des nouveaux services de paiements innovants. Y’aura-t-il une bataille des prix entre banques traditionnelles, banques en ligne et néobanques ? Les banques ne freineront-elles pas le mouvement qui leur empêchera d’appliquer des dates de valeurs ou encore de facturer des virements urgents à 10 ou 15 € ? Ce n’est que le début, mais en France, le virement instantané devrait sérieusement se déployer et monter en puissance courant 2019, avec on l’espère, la possibilité prochaine de payer chez des commerçants ou en ligne, grâce à des QR codes par exemple.